| NATURE | Deux hommes d’une même lignée |
|---|---|
| JOHAN | artisan, inventeur et chercheur du XVIe siècle |
| DUKE | avocat, manipulateur et héritier de la doctrine |
| LE DANGER PRINCIPAL | la convergence du pouvoir juridique, de la technologie et du rituel |
Les Weber sont dangereux précisément parce qu’ils restent des êtres humains. Ils n’ont pas besoin d’être possédés pour transformer le destin d’autrui en expérience ou en clause d’un contrat.
Johan Weber
Nom complet : Johan Weber
Nature : humain
Époque : 1585
Profession : artisan, inventeur, chercheur spécialisé dans les phénomènes physiques inhabituels
Descendant célèbre : Duke Weber
Invention majeure : un appareil à projections animées capable de modifier le monde matériel
Idée principale : il ne faut pas détruire le surnaturel, mais l'étudier, le limiter et le maîtriser
Niveau de dangerosité : élevé
Principale particularité : il est à l'origine d'une lignée d'adversaires humains qui tentent de transformer la magie et les esprits en une technologie contrôlable
Les deux Weber
Il convient d’emblée de distinguer ces deux personnages.
Johan Weber est un inventeur ayant vécu en 1585. Au cours des événements du « Cercle vicieux », il rencontre Chelsea, Maria, Jack et Jester, alors encore humain.
Duke Weber — son lointain descendant, l’avocat d’Agnet et l’un des principaux adversaires humains de Chelsea. Sa dangerosité se manifeste particulièrement ouvertement dans le troisième volet.
Ils ne constituent pas un seul et même immortel.
Johan n’est pas devenu un fantôme et n’a pas vécu plusieurs siècles. Son véritable héritage réside dans les connaissances, les écrits, les inventions et la vision du monde qui se sont perpétués au sein de la lignée des Weber.
Duke a poursuivi l’œuvre de son ancêtre, mais a poussé ses idées jusqu’à une forme bien plus dangereuse.
Description générale
Johan Weber fut l’un des premiers de son époque à comprendre que la magie et la science pouvaient décrire les mêmes phénomènes avec des mots différents.
Il ne se qualifiait pas de sorcier.
Il ne considérait pas ses propres expériences comme des rituels.
Il n’adorait pas les esprits.
Weber était convaincu que derrière tout miracle se cachait un mécanisme, même si les connaissances humaines étaient encore trop rudimentaires pour le percevoir.
En 1585, il créa un appareil ressemblant à un téléviseur primitif ou à un dispositif de reproduction d’images animées. Mais cette machine ne se contentait pas d’afficher une image. Elle agissait sur la matière, créait une projection en noir et blanc du monde et permettait aux personnes qui s’y trouvaient de se déplacer entre des lieux réels.
C’était une découverte en avance de plusieurs siècles sur son époque.
Mais Johan ne fut pas assez courageux pour assumer les conséquences de sa découverte ; il fut toutefois assez habile pour transformer sa peur en une nouvelle philosophie.
Dans un premier temps, il aida ses amis à se mettre en sécurité.
Puis il les a trahis.
Après quoi, il s’est convaincu qu’il avait agi raisonnablement.
C’est précisément de cette auto-justification qu’est née l’idée la plus dangereuse de la lignée des Weber :
Il n’est nécessaire ni de convaincre les sorcières ni de les brûler.
Il faut étudier leur pouvoir, le limiter et se l’approprier.
Un artisan de 1585
Dans la ville, Johan était connu comme un artisan et un inventeur de talent.
Il travaillait le cuir, le métal, les mécanismes et des matériaux inhabituels. On pouvait lui acheter des ceintures solides, des fixations sophistiquées et de rares clous invisibles. Certaines de ses créations semblaient d’une modernité déconcertante pour le XVIe siècle.
Weber ne se contentait pas de fabriquer des objets.
Il cherchait sans cesse à les améliorer :
il adaptait le traitement du cuir à la morphologie humaine ;
renforçait les coutures ;
concevait des attaches interchangeables ;
créait des pièces métalliques silencieuses ;
expérimentait des mécanismes inhabituels ;
tentait de faire interagir l’image avec la matière.
Lorsque Chelsea vient le voir pour un ensemble spécial de ceintures, Johan n’est pas surpris par la fonction même de l’objet. Ce qui l’intéresse bien davantage, c’est la conception : la précision de la fixation, la solidité, le tannage naturel du cuir et l’absence de jeu.
Même son propre désir se transforme rapidement en une discussion technique.
C’est une caractéristique commune aux deux Weber.
Pour eux, le désir n’est pas seulement une question de plaisir.
C’est aussi un processus que l’on peut étudier, exploiter et intégrer dans un mécanisme.
Le caractère de Johan
Dans sa jeunesse, Johan n’était pas un méchant au sens strict du terme.
C’était un homme curieux, sûr de lui, pragmatique et assez décomplexé. Les contraintes de son époque ne lui convenaient pas, mais il n’avait pas l’intention de s’y opposer ouvertement.
Johan n’aimait pas la ville et reconnaissait ne pas être très attaché à l’endroit où il vivait. Il voyageait beaucoup d’un pays à l’autre, et Jester laissait entendre que les pérégrinations de Weber ne se limitaient pas toujours à la géographie habituelle.
Il proposait sans hésiter à Chelsea de payer son travail par des faveurs sexuelles. Mais contrairement à Henri et aux gardes municipaux, il ne disposait pas de l'autorité officielle nécessaire pour transformer cette proposition en verdict.
Weber aurait pu être un ami utile.
Il pouvait faire preuve de courage.
Il pouvait prendre des risques pour les autres.
Mais seulement jusqu’au moment où le prix à payer devenait trop élevé pour lui personnellement.
C’était là sa principale faiblesse.
L'appareil de Weber
La principale réalisation de Johan fut son appareil à images animées.
Pour Chelsea, cet appareil ressemblait à un vieux téléviseur, bien qu’il ait été créé plusieurs siècles avant l’apparition de la télévision. Il se composait d’au moins plusieurs pièces, dont l’une était conservée dans la boutique de Weber, tandis qu’il en avait confié une autre à Jester.
L’Inquisition avait confisqué une partie du mécanisme ; c’est pourquoi l’aide de Chelsea, Jack et Jester fut nécessaire pour le restaurer.
Une fois mis en marche, l’appareil créa un monde en noir et blanc — une projection de l’espace réel dans laquelle les gens pouvaient pénétrer.
Johan expliqua que l’appareil ne se contentait pas d’afficher des images animées. Il agissait sur le monde matériel par le biais d’un champ dont la nature n’avait pas encore été identifiée. Chelsea compara cet effet à un champ d’harmonisation, forçant les atomes à se réorganiser conformément à l’image.
Weber lui-même reconnaissait qu’il ne comprenait pas encore pleinement son invention.
Il avait créé la machine avant même d’avoir pu formuler les lois physiques qui la régissaient.
Un monde en noir et blanc
La projection de Weber n’était pas une illusion.
La personne qui s’y trouvait conservait son corps, pouvait bouger, interagir avec les autres et retourner dans le monde matériel.
L'appareil s'est révélé capable de :
transporter des personnes à l’intérieur de l’image ;
relier la projection à l'espace réel ;
créer une sortie en un point éloigné ;
remanier la matière selon un modèle prédéfini ;
maintenir la projection ancrée à un lieu précis ;
relier différents nœuds de la réalité.
Après que le groupe eut regagné la tente de Jester, Johan remarqua que la projection ne s’était pas dissoute, mais semblait « collée » à l’endroit. Cela signifiait que l’appareil ne se contentait pas de créer une image temporaire : il pouvait laisser, une fois son travail terminé, des modifications durables dans l’espace.
Cela fait de l’invention de Weber l’un des dispositifs humains les plus importants du monde de Chelsea.
Les mages ouvraient les portes à l’aide de rituels.
Le Shogot perturbait les passages par sa nature même.
Le Gardien des Clés contrôlait les portails entre les mondes.
Johan a tenté d’obtenir un résultat similaire par des moyens mécaniques.
Pourquoi l'appareil était-il dangereux ?
Johan considérait son invention comme une avancée scientifique majeure.
Mais la machine ne disposait pas de dispositifs de sécurité fiables.
Elle interagissait avec la réalité sans faire la distinction entre l’image, la matière, l’espace et, peut-être, le temps. Une impulsion puissante pouvait créer une anomalie persistante, transporter une personne ailleurs que là où son créateur l’avait prévu, ou laisser une partie de la projection exister de manière autonome.
Le Monde en noir et blanc a continué d’exister après la fuite du groupe.
L’un des gardiens resta à l’intérieur et perdit peu à peu la capacité de reconnaître les gens, puis de se reconnaître lui-même. Son dernier souvenir durable fut celui de Chelsea. Il se mit à entraîner dans la projection des personnes qui lui étaient liées, comme s’il tentait de construire avec elles un chemin pour revenir en arrière.
Au final, le gardien a perdu son visage : il ne restait plus sur sa tête qu’une peau lisse.
Ce destin montre que l’appareil ne modifie pas seulement l’espace.
Il est capable de détruire la personnalité d’un individu si celui-ci reste trop longtemps à l’intérieur de l’image imposée.
Johan a découvert un moyen de soumettre la matière à un modèle.
Mais il n’a pas songé à ce que la conscience humaine puisse elle aussi faire partie de ce modèle.
Weber et la magie
Face à des phénomènes inhabituels, Johan refusait obstinément de les qualifier de sorcellerie.
Lorsque Jack lui demande si Weber n’est pas un magicien, celui-ci répond sèchement :
« Je suis un scientifique ! »
Pour lui, c’est une distinction fondamentale.
Le sorcier accepte l'existence du mystère et apprend à interagir avec lui.
Weber, lui, veut décomposer le mystère en ses différents éléments.
Il ne fait pas confiance à un phénomène tant qu’il ne peut pas le reproduire, le mesurer et le faire obéir à ses ordres.
C’est précisément pour cette raison que sa rencontre avec Chelsea l’a tant marqué.
Elle connaissait des concepts qui n’existaient pas encore à son époque. Elle comprenait le principe de la projection avant même le créateur de l’appareil. C’était une sorcière, mais elle analysait ce qui se passait comme s’il s’agissait d’un processus physique.
Chelsea a prouvé deux choses à Johan d’un seul coup :
la magie peut être décrite en termes scientifiques ;
une sorcière est capable de comprendre sa machine mieux que lui-même.
La première l’a émerveillé.
La seconde l’a humilié.
Héroïsme éphémère
Après être sortis de la projection, le groupe se réfugia dans la tente de Jester.
Lorsque les gardes découvrirent les fugitifs, Johan fut le premier à proposer d’éloigner les poursuivants. Il expliqua qu’il n’agissait pas par héroïsme, mais par calcul : les gardes avaient avant tout besoin du savant, ils se lanceraient donc à sa poursuite.
Weber s’est précipité hors de la tente et a effectivement détourné une partie du détachement, laissant ainsi aux autres le temps de s’enfuir.
On ne peut pas minimiser complètement cet acte.
À ce moment-là, Johan a pris des risques pour le bien du groupe.
Il pouvait se montrer courageux tant qu’il croyait pouvoir déjouer l’adversaire et garder le contrôle de la situation.
Mais ensuite, il fut à nouveau capturé.
Et Henri savait convaincre quelqu’un qu’il n’avait plus aucun contrôle.
La trahison
Au cours d’un nouvel interrogatoire, Johan a renié ses amis.
Il ne s’est pas contenté de propos généraux et n’a pas simplement affirmé qu’il se trouvait là par hasard. Weber a fourni à l’Inquisition des détails qui ressemblaient à des preuves :
des informations sur Chelsea ;
les liens de Maria avec la sorcellerie ;
l'implication de Jack ;
l'aide apportée par Jester ;
le fonctionnement de l'appareil ;
les circonstances de l'évasion ;
les lieux où les autres auraient pu se cacher.
Les témoignages contre Chelsea et Jester se sont révélés particulièrement accablants.
Jester avait aidé Johan, volé un mécanisme pour lui, conservé une partie du dispositif et lui avait fourni un refuge. Weber l’avait remercié en lui fournissant des informations qui avaient permis à Henri de déclarer rapidement Jester complice de sorcellerie et de débauche.
Johan s’est présenté non pas comme un participant aux événements, mais comme un observateur qui aurait compris à temps le danger couru par ses compagnons.
Il a survécu.
Jester fut torturé puis brûlé.
Jack a trouvé la mort pendant la poursuite.
Maria tomba entre les mains d’Henri.
Chelsea a disparu de cette époque.
Weber a quitté la ville, convaincu d’avoir pris la seule décision raisonnable.
Justification
La conséquence la plus effrayante de cette trahison n’était pas le fait que Johan ait sauvé sa propre vie.
Le plus effrayant, c'était la façon dont il s'était justifié.
Il n’a pas admis qu’il avait eu peur.
Il n’a pas qualifié ce qui s’était passé de lâcheté.
Il n’a pas admis l’idée qu’il avait causé la perte des personnes qui l’aidaient.
Weber en conclut que ses amis étaient eux-mêmes trop dangereux et imprévisibles.
Maria utilisait la magie sans en comprendre toutes les conséquences.
Jester volait et enfreignait la loi.
Jack réglait ses problèmes à coups d'épée.
Chelsea s'immisçait dans le passé et modifiait le destin des gens.
Par conséquent, raisonna Johan, il fallait les arrêter.
C’est ainsi qu’une trahison personnelle s’est transformée en vision du monde.
Ce n’est pas lui qui a livré ses amis à l’Inquisition.
Il avait soi-disant empêché une catastrophe encore plus terrible.
La doctrine de Weber
Après les événements de 1585, Johan a développé une idée qui est devenue plus tard un héritage familial :
On ne peut pas faire changer d’avis les sorcières.
On ne peut pas les laisser sans surveillance.
Mais les brûler, c’est du gaspillage.
Henri voyait dans la sorcière un péché qu’il fallait anéantir.
Johan y voyait une source d’énergie, de savoir et de possibilités.
Il en est venu à la conclusion qu’il fallait lutter contre la magie :
non pas avec une croix, mais avec la connaissance ;
non pas par le bûcher, mais par des barrières ;
non pas par la foi aveugle, mais par la mesure ;
non pas par les mains de l’Inquisition, mais par des mécanismes ;
non pas en détruisant la sorcière, mais en s’appropriant son pouvoir.
Ce qui l’attirait particulièrement, c’était la possibilité d’asservir les sorcières elles-mêmes.
Pour Weber, leur beauté, leurs désirs et leur capacité à interagir avec les esprits devenaient indissociables de leur don magique. Il commença à percevoir la sorcière comme une interface vivante entre l’homme et l’au-delà.
Ce que Chelsea utilisait par l’intuition, le corps et un pouvoir héréditaire, Johan voulait en faire une procédure reproductible.
Pour lui, la sorcière cessa peu à peu d’être un être humain.
Elle devint un élément indispensable du dispositif.
L’héritage de Johan
Johan lui-même restait un simple mortel.
Il vieillissait.
Il pouvait être blessé.
Il n’avait aucun pouvoir sur les esprits sans ses appareils ni ses intermédiaires.
Ce sont ses écrits qui ont constitué sa véritable immortalité.
Les plans, les observations, les récits familiaux et le principe de fonctionnement de l’appareil se transmettaient d’une génération de Weber à l’autre. Il est possible qu’une partie des documents ait été perdue ou mal comprise, mais l’idée principale a été préservée :
on peut s’approprier le magique si l’on trouve le bon mécanisme et le support adéquat.
Pour ses descendants, l’histoire de 1585 a pu apparaître comme une légende familiale mettant en scène un ancêtre de génie que des sorcières et des fanatiques religieux avaient failli anéantir.
La trahison s’en est peu à peu effacée.
Johan est devenu un explorateur ayant survécu à une confrontation avec des forces dangereuses.
Et sa peur de Chelsea s’est transformée en devoir familial d’achever l’œuvre commencée.
Duke Weber
Un descendant, et non le retour de Johan
Duke Weber est le descendant direct de Johan.
Il n’est ni le fantôme de son ancêtre, ni son nouveau corps, ni le Weber immortel du XVIe siècle.
Duke est un homme moderne.
C’est précisément ce qui le rend particulièrement dangereux.
Il peut se servir des lois, de l’argent, des documents, de la réputation et de la confiance de la société. Il n’a pas besoin d’un portail pour s’immiscer dans la vie de Chelsea.
Le poste d'avocat suffit.
L’avocat d’Agnet
Dans la première histoire, Duke apparaît en tant qu’avocat et exécuteur testamentaire d’Agnet, qui a disparu.
Il informe Chelsea de l’existence d’un testament différé et lui en expose la condition : elle doit passer une nuit entière au manoir, complètement seule. Après quoi, elle recevra la maison et l'accès à des comptes bancaires d'une valeur d'environ dix millions de dollars.
Duke se montre calme, professionnel et presque irréprochable.
Il ne répond qu’aux questions indispensables.
Il ne révèle pas l’origine de l’argent.
Il transmet les conditions d’Agnet.
Il prévient Chelsea qu’elle ne doit emporter ni téléphone, ni tablette, ni aucun autre appareil personnel.
Il la conduit au manoir et promet de venir la chercher le lendemain matin.
À première vue, il se contente d’exécuter les ordres de sa cliente.
Mais les événements qui suivent montrent que Duke en savait bien plus sur le domaine qu’il ne l’avait laissé entendre.
Pourquoi Agnet lui faisait-elle confiance ?
La relation entre Agnet et Duke reste un aspect complexe de l'histoire.
Elle l’a désigné comme exécuteur testamentaire et lui a donné accès à ses documents, à ses comptes et à son héritage. Peut-être Duke s’est-il longtemps fait passer pour un assistant juridique de confiance. Peut-être Agnet connaissait-elle ses origines et pensait-elle contrôler ce descendant de Johan.
Mais Duke poursuivait manifestement ses propres objectifs.
Dans certaines versions des faits, c’est lui qui rachète par la suite le domaine pour une bouchée de pain et s’y rend une fois par an.
Cela laisse supposer que le travail sur le testament n’était pas pour lui une simple mission fortuite.
Pendant des années, Duke avait eu accès à la plus importante collection d’esprits, d’artefacts de sorcellerie et de liens intermondiaux jamais approchée par la famille Weber.
La disparition de Chelsea
Après une nuit passée au manoir, Chelsea disparaît.
La police mène l’enquête sur sa disparition pendant un certain temps. Le duc se retrouve parmi les suspects, mais les enquêteurs ne trouvent pas de preuves suffisantes et l’avocat est innocenté.
Aux yeux de la police ordinaire, il apparaît exactement comme il se doit :
un avocat respecté ;
l'exécuteur testamentaire officiel ;
l'homme qui a conduit l'héritière sur place avec son consentement libre et éclairé ;
le dernier témoin à n’avoir enfreint la loi, du moins sur le papier.
Les esprits, les coffrets, la Maison des Poupées et les portails infernaux n’existent pas dans le procès-verbal de police.
Duke comprend la portée de cet avantage.
Contrairement à Henri, il n’a pas besoin de l’autorité publique du bourreau.
Il lui suffit de faire en sorte que les documents aient l’air en règle.
Le danger de l’homme
Dans le monde de Chelsea, la plupart des créatures trahissent immédiatement leur nature.
Jester a l'air d'un monstre.
Jack a une citrouille à la place de la tête.
La Maîtresse des Poupées se cache sous un linceul.
Le Shogot se cache dans les portes.
Duke Weber a l’air d’un homme à qui l’on pourrait confier la gestion d’un héritage.
Il est capable de :
gérer des biens immobiliers ;
gérer des documents ;
participer à l’enquête ;
d'ouvrir des comptes bancaires ;
faire valoir ses droits sur des biens ;
embaucher du personnel ;
recourir aux services des administrations publiques ;
dissimuler des crimes surnaturels derrière des procédures juridiques ordinaires.
Son principal déguisement, c’est la normalité.
Troisième partie
Dans la troisième partie, Duke cesse de se faire passer pour un avocat neutre.
Lorsque Chelsea revient de l’enfer de Jester et se retrouve à nouveau au manoir, Weber l’accueille presque comme un maître. Il explique qu’il inspecte son domaine et qu’il compte le transformer en une véritable forteresse entre les mondes.
Il lui annonce ensuite qu’il détient Melissa.
Duke exige de Chelsea qu’elle apaise les treize esprits invoqués et lui transmette leur pouvoir. En échange, il promet de libérer sa sœur. Si Chelsea refuse, il menace de transformer Melissa en poupée et de l’envoyer à sa sœur « avec de jolis rubans ».
C’est là que l’on comprend définitivement :
Duke ne protège pas l’héritage d’Agnet.
Il veut s’en emparer.
La citadelle entre les mondes
Pour Duke, le domaine d’Agnet n’est ni un foyer, ni une collection de créatures étonnantes.
Il y voit le fondement d’un futur système de contrôle.
Le domaine dispose déjà de tout ce qu’il faut :
un lien stable avec le monde des esprits ;
des artefacts ;
des entités invoquées ;
une sorcière héritière ;
des passages vers les espaces infernaux ;
l'histoire des rituels ;
un démon des bougies lié à la lignée ;
la possibilité de capter de l’énergie pendant Halloween.
Agnet considérait le manoir comme sa collection personnelle et un lieu où découvrir des merveilles.
Duke le considère comme une centrale électrique, un laboratoire et une forteresse.
Il ne souhaite pas vivre parmi les esprits.
Il veut les mettre à son service.
Treize esprits
L'ultimatum de Duke montre à quel point il a poussé l'idée de Johan.
Chelsea doit entrer en contact avec les treize esprits et transmettre leur pouvoir à Weber.
Duke lui-même n’est pas capable de capter cette énergie directement.
Il a besoin d’une sorcière pour servir d’intermédiaire.
C’est précisément ce rôle que Johan avait autrefois commencé à voir en Chelsea : un canal vivant reliant le corps humain, le désir et une force d’un autre monde.
Duke a développé cette idée jusqu’à en faire un schéma fonctionnel :
l’esprit génère de l’énergie ;
Chelsea entre en contact avec lui ;
le rituel transfère la force ;
Weber en tire le résultat.
Pour lui, Chelsea est à la fois :
une sorcière ;
une clé ;
un intermédiaire ;
une source ;
un instrument de contrôle des esprits.
Il ne veut pas la détruire.
Vivante, brisée et sous son emprise, Chelsea lui est bien plus utile que morte.
Melissa sert de levier
Duke comprend qu’il est difficile de forcer Chelsea à coopérer par la force.
C’est pourquoi il utilise Melissa.
Il ne se contente pas d’enlever sa sœur. Il transforme l’amour de Chelsea en un moyen de contrôle.
C’est une méthode typique des Weber : ne pas lutter directement contre la force, mais trouver un mécanisme qui la poussera à agir de son plein gré.
Henri torturait un homme jusqu’à ce qu’il avoue.
Duke crée les conditions dans lesquelles une personne accomplit d'elle-même l'action nécessaire pour sauver un proche.
Formellement, le choix reste ouvert.
Dans la pratique, les deux options appartiennent à Weber.
Une fausse promesse
Même le respect de l’ultimatum ne garantit pas la liberté.
Dans l’une des fins, Chelsea rassemble la force spirituelle pour Duke, mais celui-ci ne libère pas Melissa. Il s’empare des âmes des deux sœurs, après quoi elles restent à son service dans son manoir.
Cela révèle définitivement son attitude vis-à-vis des pactes.
Le Marchand de Cauchemars tient sa promesse à la lettre, bien qu’il en cache le véritable prix.
Le gardien respecte les conditions d’accès.
Duke n’utilise le contrat que comme un moyen d’obtenir la soumission.
Dès qu’il obtient ce qu’il veut, la promesse cesse d’être contraignante pour lui.
C’est un juriste qui connaît parfaitement le pouvoir des formules juridiques, mais qui ne reconnaît la loi que lorsqu’elle joue en sa faveur.
Ce que Duke attend des sœurs
Melissa et Chelsea intéressent Weber pour des raisons différentes.
Chelsea est une sorcière expérimentée qui a traversé de nombreux mondes, capable d’interagir avec les esprits, de les soumettre et de revenir d’espaces où un être humain ordinaire aurait perdu son âme.
Melissa appartient à la même lignée et constitue le deuxième pôle du lien inhabituel qui unit les sœurs au monde sublunaire.
Ensemble, elles forment un système bien plus puissant qu’une seule héritière.
Si Johan voyait dans la sorcière un dispositif permettant de se connecter à la magie, Duke a eu l’occasion d’étudier deux héritières liées l’une à l’autre.
Il ne veut pas simplement posséder ces femmes.
Il veut forcer leur lien ancestral à alimenter la citadelle qu’il a construite.
Son rapport à Chelsea
Pour Johan, Chelsea était d’abord une femme étonnante, puis une menace intellectuelle et enfin une justification à sa trahison.
Pour Duke, elle représente un défi familial.
L’histoire de la sorcière apparue en 1585 a pu se transmettre au sein de la famille Weber pendant des siècles. Chelsea est devenue la figure à l’origine de l’obsession de la lignée.
Le Duc retrouve cette même femme à l’époque moderne.
Elle n’a pas vieilli, car pour elle, les événements du passé se sont déroulés tout récemment.
Pour Weber, c’est la preuve vivante que son ancêtre avait raison.
Les sorcières existent bel et bien.
Il est bel et bien possible de voyager dans le temps.
L'appareil de Johan a bel et bien touché au fonctionnement fondamental des mondes.
Et désormais, son descendant peut achever son œuvre.
Attitude envers Johan
Duke considère probablement Johan comme un illustre ancêtre qui n’a pas réussi à mener sa découverte à son terme.
Mais la version familiale de l’histoire a sans doute été expurgée de tout détail gênant.
Johan n’a pas trahi ses amis — il aurait sauvé ce savoir des fanatiques.
Jester n’est pas mort à cause de son témoignage — c’était un dangereux complice de la sorcière.
Jack ne s’est pas sacrifié — c’était un criminel armé.
Maria n’a pas été victime d’Henri — c’était une sorcière.
Chelsea n’a pas sauvé des gens — elle s’est immiscée dans l’histoire.
Ainsi, la lâcheté a pu se transformer en prudence scientifique, et la trahison, en début d’une mission familiale.
Duke n’hérite pas du véritable Johan.
Il hérite de la légende que Johan a créée à son sujet.
Jack
Jack est l’exact opposé des deux Weber.
Johan et Duke privilégient la survie, le contrôle et le profit.
Jack choisit sans cesse quelqu'un d'autre.
Johan a trahi Jester après que celui-ci l'ait aidé.
Jack voulait revenir pour libérer Jester.
Duke s'est servi de Melissa contre Chelsea.
Jack défend les deux sœurs, bien qu’il n’en tire ni argent ni pouvoir.
C’est Jack qui, dans l’une des principales fins, anéantit définitivement Duke Weber après la mort de l’Inquisiteur.
Pour la lignée des Weber, c'est une conclusion symbolique.
L'homme que son ancêtre considérait comme un guerrier primitif a traversé les siècles et a anéanti un descendant armé de tout le savoir accumulé par la famille.
Les destins possibles de Duke
Duke reste un être humain et peut donc être définitivement tué.
Il n’a pas de retour garanti, ni de forme spirituelle distincte, ni d’ancrage immortel.
Son destin dépend des actions de Chelsea.
Dans un scénario, il récupère les âmes des sœurs et fait du domaine son propre fief.
Dans un autre scénario, Chelsea chasse les esprits, contrecarrant ainsi ses plans, après quoi le Duc part à la recherche d’un nouveau lieu pour ses expériences.
Si Chelsea soumet les esprits grâce au pouvoir de Tlazdine, ceux-ci déchirent l’âme de Weber.
Dans une autre ligne narrative, Jack élimine d’abord Henri, puis Duke, libérant ainsi Melissa et rendant la paix au manoir.
Toutes ces issues soulignent une différence importante :
Duke est plus dangereux que la plupart des esprits tant qu’il contrôle la situation.
Mais lorsque le système qu’il a créé lui échappe, il n’est plus qu’un simple mortel parmi les créatures qu’il a tenté de transformer en batteries.
Les capacités de Johan
Johan ne possédait pas de magie innée.
Sa force résidait dans ses connaissances et ses inventions.
Mécanique et artisanat
Il créait des dispositifs complexes, des fixations, des matériaux rares et des objets insolites.
Champ de projection
L'appareil de Johan pouvait conférer à la matière les propriétés d'une image.
Création de nœuds spatiaux
La projection permettait de se déplacer entre des lieux reliés entre eux.
Observation
Weber repérait rapidement les régularités et savait élaborer des théories à partir d’une expérience isolée.
Adaptabilité
Il était capable de survivre dans des circonstances auxquelles les hommes de son époque n’étaient pas préparés.
Manipulation de l'information
Ce sont précisément des informations judicieusement choisies qui lui ont permis de se sauver au détriment des autres.
Les capacités de Duke
Duke ne possède pas de force surnaturelle en soi.
Ses capacités sont humaines, mais extrêmement dangereuses.
Pouvoir juridique
Il contrôle les documents, les successions, les transactions et les droits de propriété.
Camouflage social
Duke est capable de passer pour un avocat ordinaire pendant des années et d'échapper à tout soupçon.
Connaissances familiales
Il dispose de l’héritage de Johan et comprend que le monde des esprits est bien réel.
Maîtrise des rituels
Weber sait comment canaliser le pouvoir des esprits par l'intermédiaire d'une sorcière.
Chantage
Il utilise ses proches comme moyen de pression.
Planification
Duke ne se jette pas à corps perdu sur son adversaire. Il commence par créer une situation qui contraint son adversaire à travailler pour lui.
Appropriation
Il est capable de transformer la maison d’autrui, la collection d’autrui et le pouvoir d’autrui en une possession qu’il contrôle tant sur le plan juridique que magique.
Limites
Les deux Weber restent des êtres humains.
Ils ne peuvent affronter directement les esprits puissants sans appareils, rituels ou intermédiaires.
Johan dépendait de son propre appareil et ne le comprenait pas entièrement.
Duke dépend de Chelsea, des esprits, des documents et du contrôle qu’il exerce sur Melissa.
Leurs plans s'effondrent dès qu'une personne refuse de remplir la fonction qui lui a été assignée.
La principale faiblesse des Weber réside dans leur conviction que tout peut être transformé en système.
Ils considèrent le désir comme un levier.
L’amour, comme une vulnérabilité.
La sorcière, comme un intermédiaire.
L'esprit, comme une source d'énergie.
La maison, comme un dispositif.
Mais ils ne comprennent ni la loyauté librement consentie de Jack, ni l’imprévisibilité de Chelsea, ni le droit de chacun à refuser de devenir une pièce de leur mécanisme.
Liens et signification
Johan et Duke Weber incarnent la volonté de l’homme de mécaniser le miracle.
Henri a peur de la magie et tente de la détruire.
Le Marchand de Cauchemars en fait commerce.
Jester la transforme en art.
Agnet la collectionne.
Les Weber veulent la décortiquer, la mesurer et la mettre à leur service.
C’est précisément pour cette raison qu’ils sont tout aussi importants pour le monde que les démons.
Ils montrent que le mal surnaturel ne vient pas toujours du Monde sublunaire.
Parfois, il est assis à son bureau, vérifie des documents et explique calmement que tout ce qui se passe est tout à fait légal.
Johan a été le premier à comprendre qu’il était possible d’associer le pouvoir d’une sorcière à une machine.
Duke a compris qu’on pouvait ajouter à la machine un contrat, un héritage, un otage et treize esprits.
L’un a créé le principe.
L’autre en a fait un système de domination.




