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Agnet

Agnet a transformé le domaine familial en un nœud reliant les mondes et a laissé à Chelsea non pas une fortune, mais une initiation déguisée en testament.

The Witch Chronicles
NATURE sorcière de la lignée de Maria ; créatrice de portails
DOMAINE domaine, jardin, monde des rêves
POUVOIR PRINCIPAL apprivoisement des entités par le désir et les vrais noms
FAIBLESSES PRINCIPALES la curiosité, la confiance dans son propre système de sorts

Agnet a transformé le domaine familial en un nœud reliant les mondes et a laissé à Chelsea non pas une fortune, mais une initiation déguisée en testament.

Nom complet : Agnet
Autres désignations : maîtresse du domaine, collectrice d’esprits, sorcière précurseure
Nature : humaine, sorcière de souche ; après sa disparition — prisonnière fantomatique de l’Intermonde
Lignée : descendante de Maria, tante de Chelsea et de Melissa
Principal domaine : le manoir et la collection infernale qu’il renferme
Gardien connu : Jack, le Démon des Bougies
Caractéristique principale : capable de comprendre les désirs d’une entité inconnue, d’en découvrir la loi d’existence et de transformer la menace en un élément d’un système maîtrisé
Niveau de dangerosité : extrêmement élevé
Évaluation morale : ambiguë ; capable de sauver, de protéger et de préserver les âmes, mais considère le risque, le vice et les désirs d’autrui comme faisant naturellement partie de la connaissance magique

Description générale

Agnet est l’architecte cachée de la quasi-totalité de l’histoire de Chelsea.

Elle se trouve rarement au cœur de l’action, mais ce sont précisément ses actes qui déclenchent les événements majeurs de la série. Agnet rassemble les esprits et les démons, transforme le manoir en un carrefour entre les mondes, accueille Jack, crée des portails, prépare l’héritage destiné à Chelsea et, même après sa propre disparition, continue d’influencer le destin de ses nièces.

À première vue, son histoire commence dans la forêt de Teutobourg, où la jeune Agnet a rencontré une magnifique femme vêtue de blanc et a découvert pour la première fois l’existence de l’au-delà.

Mais en considérant l’histoire dans son ensemble, une chose apparaît clairement : Agnet n’a pas fondé une nouvelle tradition de sorcellerie.

Elle a rétabli un lien presque rompu avec l’ancienne lignée de Maria.

La femme en blanc n’était ni une amante forestière fortuite ni un fantôme errant. Elle faisait partie d’un ancien rituel familial — le dernier moyen de transmettre le don, si la sorcière aînée n’avait pas eu le temps de former la plus jeune.

Cependant, Agnet n'a obtenu que la possibilité même de voir et de ressentir l'occulte.

Elle n’a pas reçu de grimoire tout prêt.

Elle n’a pas reçu de liste des créatures.

Elle ne connaissait pas l’histoire de Maria, Jack, Henri, Jester et Johan Weber.

Presque tout ce qu’Agnet a su faire par la suite, elle l’a découvert par elle-même.

C’est précisément pour cette raison que ses exploits sont particulièrement remarquables.

Elle a maîtrisé des créatures dont elle ne comprenait même pas la véritable nature.

Apparence

Malgré son âge, Agnet a conservé une jeunesse et un charme saisissants.

Elle a de longs cheveux blanc argenté, des yeux verts éclatants, des traits doux et une expression vive et sensuelle. Elle ressemble davantage à la sœur aînée de Chelsea qu’à une parente âgée ayant mené une longue vie riche en magie.

Les cheveux blancs d’Agnet ne semblent pas être un signe ordinaire de vieillissement. Ils semblent plutôt souligner son lien avec la femme en blanc, le monde des esprits et son initiation familiale.

La raison exacte de sa jeunesse n’est pas précisée. Elle est probablement due à plusieurs facteurs à la fois :

un don héréditaire ;

un échange constant d’énergie avec les esprits ;

une vie aux côtés d’êtres qui ne sont pas soumis au temps humain ;

des portails qu’elle a créés ;

des pratiques dans lesquelles le désir, le plaisir charnel et la magie ne font qu’une seule et même source d’énergie.

Agnet ne donne pas l’impression d’être une femme s’accrochant désespérément à sa jeunesse.

Elle a simplement cessé depuis longtemps de se soumettre entièrement au temps ordinaire.

Sa beauté n’est ni le masque d’un corps décrépit, ni une illusion destinée à séduire. Elle a conservé en elle une véritable force vitale, de la curiosité et une énergie charnelle.

Pour Agnet, la sensualité n’a jamais été un trait de caractère à part entière.

Elle faisait partie intégrante de sa magie.

La lignée presque perdue

La lignée de Maria

Agnet est une lointaine descendante de Maria, une sorcière herboriste qui vécut en 1585.

Autrefois, ce don se transmettait au sein de la famille, de la femme la plus âgée à la plus jeune. Avec ce don, l’héritière devait acquérir des connaissances sur les herbes, les esprits, la protection, les désirs et les règles d’interaction avec les créatures d’autres mondes.

Mais ce lien a failli se rompre à plusieurs reprises.

Maria n’a reçu de sa grand-mère qu’une partie de ce savoir. Celle-ci n’a pas eu le temps de mener à bien son enseignement, et la femme en blanc n’est jamais venue voir Maria elle-même. C’est pourquoi Maria percevait le surnaturel et connaissait les herbes, mais n’avait pas encore eu le temps de maîtriser la protection des esprits.

Au fil des siècles, le fossé s’est encore creusé.

Agnet grandissait sans comprendre ses propres origines. Sa mère ne lui avait pas parlé de leur lignée de sorcières et ne lui avait pas transmis une initiation complète. Les raisons de leurs déménagements incessants restaient également un mystère pour la jeune fille.

C’est alors que l’ancien mécanisme familial s’est déclenché de lui-même.

Dans la forêt de Teutobourg, une femme vêtue de blanc vint trouver Agnet.

Plus tard, lorsque Chelsea raconta à Maria que sa tante était devenue sorcière après avoir rencontré une inconnue vêtue de blanc, Maria reconnut immédiatement la description. Elle expliqua qu’une telle initiation se pratiquait dans leur famille depuis des temps immémoriaux : si l’aînée n’avait pas le temps de transmettre son don à la cadette, une femme en blanc apparaissait.

Non pas un commencement, mais un retour

Pour Agnet elle-même, cette rencontre dans la forêt était bel et bien un commencement.

Avant cela, la jeune fille ignorait qu’elle appartenait à une lignée de sorcières. Elle ne comprenait pas la nature des rêves, des esprits et des sensations inexplicables qui accompagnaient sa vie.

Mais pour la lignée, ce n’était pas la naissance d’une nouvelle sorcière.

C’était le retour d’une héritière perdue.

La femme en blanc n’a pas offert à Agnet un pouvoir qui ne lui appartenait pas. Elle a révélé ce qui appartenait déjà à son sang.

Pour autant, la tradition dans son intégralité ne s’est pas rétablie instantanément.

Agnet avait reçu un don, mais pas d’explications.

Elle pouvait voir l’invisible, sentir la présence d’entités et entrer en contact avec elles, mais souvent, elle ignorait

leurs vrais noms ;

leur origine ;

leur place dans l'ordre des mondes ;

leur histoire humaine antérieure ;

leurs liens avec sa propre lignée ;

les raisons pour lesquelles ils apparaissaient à ses côtés.

Agnet n’a pas hérité d’une tradition déjà constituée.

Elle a reconstruit sa pratique de sorcière presque à partir de zéro.

La femme en blanc

Première rencontre

Dans sa jeunesse, la famille d’Agnet déménagea dans le Haut-Palatinat.

La jeune fille trouvait cet endroit ennuyeux et morne. Pour se divertir un tant soit peu, elle se promenait seule dans la forêt, ignorant les avertissements des habitants.

Environ six mois plus tard, Agnet rencontra une magnifique inconnue, toute vêtue de blanc.

Cette femme devint sa première amante et son premier véritable guide vers un monde situé au-delà de la réalité humaine.

Lorsque la famille d’Agnet dut à nouveau déménager, la jeune fille retourna dans la forêt pour faire ses adieux. Elle ne put retenir ses larmes, mais l’inconnue se contenta de sourire.

Lorsqu’Agnet lui demanda pourquoi elle semblait si joyeuse à l’approche de cette dernière séparation, la femme répondit : désormais, il lui suffirait de s’allonger dans son lit et de l’appeler.

Agnet décida que c’était une belle métaphore.

Mais après le déménagement, elle se coucha, pensa à sa bien-aimée… et celle-ci apparut en chair et en os.

C’est alors qu’Agnet comprit que la femme en blanc n’était pas une personne vivante comme les autres.

Après cette rencontre, des secrets, cachés à la plupart des gens, commencèrent à se dévoiler à elle.

Une initiatrice par le plaisir

L’initiation d’Agnet n’était pas un rituel aride consistant à transmettre des mots et des formules.

La femme en blanc lui révéla son don à travers l’intimité, la confiance, le plaisir et le sommeil.

C'est ce qui a déterminé toute la magie d’Agnet par la suite.

Elle n’a jamais considéré le corps comme quelque chose d’inférieur à l’esprit ou à l’âme.

Pour elle, le corps peut :

ressentir la nature d’une entité ;

établir un lien ;

recevoir de l’énergie ;

apaiser ;

soumettre ;

transmettre sa volonté ;

ouvrir les portes fermées par la peur et la violence.

L'érotisme d’Agnet n'est pas un simple ornement de son image.

C’est le fondement de son langage magique.

Là où Henri voyait un péché et Weber une ressource quantifiable, Agnet voyait une forme de communication.

La véritable nature de la femme en blanc

On ignore qui était exactement cette inconnue.

Elle aurait pu être :

une ancienne sorcière de la lignée ;

l’esprit de la première femme de la lignée familiale ;

la gardienne d’un don héréditaire ;

une entité prenant l’apparence qui convenait à chaque héritière ;

l'incarnation vivante du rituel ;

la mémoire collective des femmes de la lignée.

Mais sa fonction est claire.

Elle rend la sorcière à la famille lorsque la chaîne habituelle de transmission est rompue.

Pour Agnet, la femme en blanc est devenue à la fois :

une bien-aimée ;

une mentor ;

une guide ;

la première entité à laquelle elle s’est volontairement ouverte ;

la preuve que le désir et la magie peuvent ne faire qu’un.

De cette rencontre est né le principe fondamental d’Agnet :

la peur ferme la porte, tandis que le désir permet de voir ce qui se cache derrière.

Le grand cercle familial

L’histoire d’Agnet forme une boucle temporelle complexe.

Maria est une ancêtre lointaine d’Agnet.

Agnet transmet son héritage et son don à Chelsea.

Chelsea se retrouve en 1585 et rencontre Maria en personne.

Maria ne maîtrise pas encore pleinement le système de protection contre les esprits, c’est pourquoi Chelsea lui propose de lui enseigner ce qu’elle a elle-même appris indirectement grâce à Agnet.

Après avoir sauvé Jack, Chelsea demande à Maria de le garder auprès de leur lignée.

Des siècles plus tard, Jack reconnaît cette lignée en Agnet et la suit.

On obtient ainsi une boucle complète :

Maria et l’ancienne lignée → la femme en blanc → Agnet → Chelsea → le retour de Chelsea dans le passé → l’enseignement dispensé à Maria → Jack confié à la lignée → les descendants de Maria → Agnet.

Il est impossible de déterminer avec précision où se trouve le point de départ.

Agnet a reçu ce don de l’entité familiale.

Chelsea l’a reçu d’Agnet.

Maria a reçu les connaissances manquantes de Chelsea.

Et la lignée future descend de Maria elle-même.

La lignée des sorcières ne se contente pas de transmettre les connaissances du passé vers l’avenir.

Elle assure sa propre pérennité à travers le temps.

Le caractère d’Agnet

Agnet est curieuse, sensuelle, indépendante et d’un courage presque pathologique.

Elle ne considère pas les esprits comme des forces sacrées devant lesquelles il faut s'incliner. Mais elle ne les considère pas non plus comme un mal qu'il faut détruire sans réfléchir.

Ce qui l’intéresse, c’est :

d’où vient cette créature ;

ce qu’il veut ;

ce qui lui fait peur ;

comment il perçoit l’être humain ;

de quoi se nourrit-il ;

peut-on négocier avec lui ;

à quel endroit l’attacher ;

quel désir le rend docile ;

que se passera-t-il si l'on enfreint la règle habituelle du rituel ?

Agnet est une chercheuse, mais sa méthode est à l’opposé de celle de Weber.

Weber s'efforce de séparer l'objet de lui-même, de le mesurer et de l'intégrer dans un mécanisme.

Agnet, elle, entre elle-même dans le cercle.

Elle utilise l’esprit, la volonté, le corps, l’excitation et le plaisir comme les éléments d’une même expérience.

Sa pratique est impossible à reproduire intégralement à partir d’un plan.

L’outil principal, c’est toujours Agnet elle-même.

Magie érotique

Agnet est extrêmement sensuelle et décomplexée.

Mais son érotisme ne signifie pas qu’elle cède facilement le contrôle.

Au contraire, c’est précisément dans les situations d’intimité que son pouvoir se manifeste le plus clairement.

Elle n’a pas honte de son désir et ne laisse donc pas l’être utiliser la honte contre elle.

Elle n’essaie pas de feindre l’innocence face à un esprit lubrique.

Elle ne recule pas lorsque le rituel prend une dimension charnelle.

Elle ne considère pas le plaisir comme une défaite.

Pour elle, se laisser aller à une sensation et se soumettre à une créature sont deux choses totalement différentes.

Agnet peut laisser le monstre s’approcher, lui donner ce qu’il désire, éprouver du plaisir et rester malgré tout maîtresse de la situation.

Elle comprend que de nombreuses entités attendent d'une femme l'une des deux choses suivantes :

la peur ;

la soumission.

Agnet ne leur accorde ni l’un ni l’autre.

Elle répond par le désir, mais se réserve le droit de décider.

C’est précisément pour cette raison que les créatures, habituées à soumettre les humains par le biais de la luxure, se retrouvent souvent elles-mêmes liées à elle.

La philosophie du désir

Agnet comprend les esprits à travers leurs désirs.

Elle commence rarement par un bannissement ou une attaque directe. Elle commence par déterminer ce que la créature cherche à obtenir, puis lui permet d’obtenir une partie de ce qu’elle désire — et profite de ce moment de satisfaction pour établir un lien.

C’est ainsi qu’elle en est venue à la conclusion que la passion n’est pas l’opposé de la raison.

Au contraire, la passion révèle la véritable nature d’un être plus rapidement que n’importe quel discours.

Cette philosophie est formulée dans son journal intime :

« Les gens condamnent les passions, oubliant que la philosophie allume sa torche à leur feu. »

Agnet ne cherche pas à transformer le monstre en une créature vertueuse.

Elle le rend prévisible.

Si la créature a faim, il faut comprendre de quoi exactement elle se nourrit.

S’il est lubrique, il faut savoir où s’arrête le plaisir et où commence la dépendance.

S’il aime la musique, il ne faut pas interrompre la mélodie.

S’il est attaché au miroir, il faut laisser le miroir à un endroit approprié.

S’il obéit à son propre cœur, il faut cacher ce cœur.

Pour Agnet, il n’existe aucun monstre totalement inexplicable.

Il n’existe qu’une règle qu’elle n’a pas encore découverte.

L’influence du marquis de Sade

Agnet lisait beaucoup et appréciait tout particulièrement le roman « Juliette, ou les succès du vice ».

Elle ne le considérait pas simplement comme de la littérature érotique, mais comme une justification philosophique de la liberté individuelle, de la résistance à la morale religieuse et de l’exploration consciente de ses propres désirs.

À un certain moment, Agnet décida de passer de la lecture à la pratique et fit surgir de l’abîme son propre marquis.

Mais au lieu de rester en dehors du cercle protecteur, elle y pénétra elle-même.

Au petit matin, la créature qu’elle avait invoquée était déjà à son service, tel un chien de garde.

Cet acte révèle parfaitement la personnalité d’Agnet.

Elle enfreint délibérément la règle principale d’un rituel sûr, car elle souhaite tester non seulement le démon, mais aussi elle-même.

Il ne lui suffit pas d’invoquer la créature et de l’observer à travers la barrière protectrice.

Elle doit entrer en sa présence, ressentir sa nature et prouver qu’elle peut rester à ses côtés sans se perdre.

Elle ne savait pas qui elle avait maîtrisé

L’une des principales réalisations d’Agnet réside dans le fait qu’elle a établi son autorité sur des créatures dont elle ignorait la véritable nature.

Le lien ancestral a été rompu.

Les anciennes connaissances ont été perdues.

Personne n’était là pour avertir Agnet.

Elle donnait à ces créatures des noms propres, décrivait leur comportement et trouvait des moyens de cohabiter avec elles. Seule l’histoire ultérieure permet de comprendre à qui elle avait réellement affaire.

Le Croque-mitaine du coffret — Jester

Un jour, une femme vint trouver Agnet et lui demanda de sauver un enfant que des cauchemars tourmentaient chaque nuit.

Dans la chambre de la fillette, Agnet remarqua aussitôt une boîte renfermant une créature insolite. Elle accepta de délivrer l’enfant de ses terreurs nocturnes en échange de l’objet lui-même.

La femme lui remit volontiers la boîte.

Agnet l’emporta chez elle, l’ouvrit dans son grenier et se retrouva face à celui qu’elle surnomma « l’Effrayeur ».

La créature comptait bien semer la peur.

Agnet se contenta de le regarder.

Elle ne cria pas.

Elle ne détourna pas le regard.

Elle n’essaya pas de refermer le coffret.

L’Effrayeur disparut.

Mais ce n'était pas un simple cauchemar d'enfant.

C'était Jester, qui s'était manifesté à travers la boîte qui lui était liée.

Agnet ignorait que Jester avait été un homme en 1585.

Elle ignorait tout de l’exécution.

Elle ignorait tout du masque et du Marchand de Cauchemars.

Elle ne savait rien de Benjamin.

Elle ne comprenait pas qu’elle se trouvait face à une entité capable de créer des mondes à part entière, de briser la personnalité humaine et de faire de la peur le fondement de son propre théâtre.

Elle avait forcé Jester à battre en retraite, sans même comprendre qui elle avait vaincu.

Dans son journal intime, cet épisode semble presque banal : il lui a suffi de montrer qu’elle n’avait pas peur pour que l’Effrayeur disparaisse.

Le fantôme technologique — une invitée du Monde en noir et blanc

Les fantômes technologiques suscitaient un intérêt particulier chez Agnet.

Les anciens grimoires n’en faisaient pas mention, car ils sont apparus en même temps que de nouvelles formes de peur humaine : les écrans, la télévision, les enregistrements, le stress intense et les images dissociées du corps vivant.

Un jour, la télévision d’Agnet capta quelque chose issu du domaine des cauchemars humains.

Une créature tentait de sortir de l’écran et de se déplacer dans la maison. En théorie, Agnet aurait pu brûler la télévision et détruire ce point de manifestation.

Mais sa curiosité fut piquée.

Elle s’approcha et découvrit que cette visiteuse était non seulement dangereuse, mais aussi, à sa manière, attirante — presque comme un chaton sauvage vivant au cœur d’un espace insondable.

Agnet garda la télévision chez elle, ayant remarqué que la créature ne pouvait se manifester que lorsque l’écran était allumé.

Plus tard, il s’avère qu’il ne s’agissait pas simplement d’un esprit maléfique issu de la télévision.

Une manifestation du Monde en noir et blanc, née de l’appareil de Johan Weber, avait atteint l’écran.

Agnet ignorait tout du gardien qui avait perdu son visage.

Elle ignorait comment la projection avait appris à enlever des gens.

Elle ignorait que ses habitants avaient subi leurs propres tortures et étaient devenus des créatures à la logique déformée.

Mais elle découvrit la règle de la manifestation et retint la créature dans son support.

Même ce monde prédateur autonome n’avait pas réussi à s’emparer immédiatement de sa maison.

Shogot

Agnet a également été confrontée au Shogot — une entité spatiale liée aux portes, aux passages et aux erreurs entre les mondes.

Elle ignorait son origine et son lien avec Za’ha’dum.

Elle ne comprenait pas que, pour le Shogot, les portes ne sont pas des objets distincts et que la notion humaine de direction n’a pratiquement aucun sens pour lui.

On ne peut pas soumettre le Shogot à un ordre ordinaire.

Il ne sert aucun maître et ne perçoit pas les limites d’un domaine comme le ferait un humain.

Cependant, Agnet parvint à discerner une partie de ses règles et à coexister avec lui, sans laisser la créature transformer complètement le domaine en un enchevêtrement chaotique de portes identiques.

L’expérience acquise auprès de Shogot l’a probablement aidée à mieux comprendre le fonctionnement des passages et, plus tard, à créer ses propres portails stables.

Elle ne l’a pas apprivoisé au sens habituel du terme.

Mais elle s’est avérée être l’une des rares personnes en présence desquelles il n’a pas pu détruire complètement l’ordre de l’espace.

L’Inquisiteur — Henri Sanson

Agnet appelait « l’Inquisiteur » l’esprit le plus dangereux du manoir.

Elle ne connaissait pas son vrai nom.

Elle ignorait qu’elle avait devant elle Henri Sanson — le bourreau de 1585, le tortionnaire de Jester, le persécuteur de Maria et l’assassin de Jack l’Homme.

Pour Agnet, il était une entité infernale inconnue qui s’immisçait dans son système, chassait les fantômes et se renforçait particulièrement à l’heure du loup.

Même les fantômes ordinaires le craignaient.

Il ne voulait pas faire partie de la collection.

Il ne considérait pas la satisfaction d’un désir comme la base d’un accord.

Il ne cherchait pas de place dans la maison.

Il voulait transformer le manoir lui-même en un nouveau cachot.

Agnet parvint à le chasser et à le contenir temporairement, bien que cet affrontement lui ait coûté beaucoup d’énergie.

Elle ne pouvait pas anéantir Henri définitivement, car elle ignorait :

qui il était de son vivant ;

quel pacte il avait conclu ;

pourquoi il était lié à sa lignée ;

pourquoi il haïssait les sorcières de cette famille ;

pourquoi c’était précisément Jack qui était capable de porter le coup fatal.

Mais même sans ces informations, Agnet a retenu l’Inquisiteur suffisamment longtemps pour préparer un avertissement à l’intention de Chelsea.

Elle n’a pas vaincu Henri complètement.

Elle ne lui a pas permis de la vaincre.

Jack

Agnet ne connaissait pas toute l’histoire de Jack.

Pour elle, il était un épouvantail qui avait pris vie, un Démon des Bougies, un Profanateur et un gardien.

Un jour, elle était simplement passée devant l’épouvantail, qui l’avait alors suivie jusqu’à chez elle. La nuit suivante, Agnet retourna dans le jardin et attendit qu’il se réveille.

Elle n’eut pas besoin d’accomplir un rituel d’invocation complexe.

C’est Jack lui-même qui avait choisi de la suivre.

La raison ne fut révélée que bien plus tard.

En 1585, Chelsea avait demandé à Maria de garder Jack auprès de leur lignée. Maria avait accédé à cette demande, et même des siècles plus tard, il restait en lui un lien avec le sang de la famille.

Agnet pensait avoir trouvé un esprit hors du commun et dévoué.

En réalité, Jack avait reconnu une descendante de Maria.

Elle ne connaissait pas son histoire humaine, mais elle l’avait accueilli et lui avait donné une place près de la maison.

C’est ainsi que l’ancienne promesse continua de s’accomplir, même si aucun des protagonistes ne la comprenait plus pleinement.

La collection infernale

Le domaine d’Agnet n’était pas une demeure maudite par accident.

Elle l’avait délibérément transformé en collection, en laboratoire et en système de détention d’êtres surnaturels.

La plupart des habitants avaient été trouvés, invoqués, sauvés, capturés, achetés avec des objets ou transférés depuis d’autres lieux.

Agnet s’efforçait de trouver à chacun :

un territoire ;

un réceptacle ;

une source de nourriture ;

une forme de satisfaction de ses désirs ;

une limite ;

la condition qui le rendait relativement inoffensif.

Elle ne se contentait pas d’enfermer les monstres.

Elle leur créait un environnement adapté.

Le gentil oncle

La créature, dont le nom secret était « L’Insatiabilité », vint d’elle-même.

Poussé par le désir de tout posséder, il tenta de pénétrer dans la pièce. Agnet ne chercha pas à le chasser.

Elle lui montra qu’elle n’avait pas peur, lui permit d’obtenir ce qu’il voulait et, ce faisant, le priva de son principal atout.

Plus tard, Agnet alla même chasser avec lui les passants effrayés, trouvant la situation amusante.

Elle laissa ensuite la créature dans des pièces fermées, où elle pouvait exister sans détruire le reste de la maison.

Cet épisode montre qu’Agnet ne se contentait pas de se défendre contre les créatures des ténèbres.

Parfois, elle adoptait leurs règles et participait avec plaisir au jeu.

Le marquis

Le marquis fut invoqué par Agnet après la lecture de la philosophie du vice.

Elle entra délibérément dans le cercle magique auprès d’une créature censée représenter une menace et en ressortit en maîtresse.

Le marquis montre à quel point la curiosité intellectuelle, le désir érotique et le pouvoir sont étroitement liés dans la magie d’Agnet.

Elle ne s’est pas contentée de lire des ouvrages sur le vice.

Elle voulait voir si elle pouvait elle-même traverser le vice sans perdre sa liberté.

Le Tourbillon

Le Tourbillon, tempête infernale vivante, fut invoqué par Agnet depuis le hors-temps pour anéantir ses ennemis.

C’était une créature stupide, mais incroyablement puissante, née d’un enchevêtrement de chaos. Elle pouvait venir à bout non seulement d’un homme, mais aussi d’un esprit.

Le Cœur du Tourbillon se trouvait dans un coffret et servait de clé de contrôle.

Tant que le coffret restait entre les mains d’Agnet, la créature obéissait à sa volonté.

Un jour, au cours d’une poursuite, le Tourbillon s’était déchaîné à tel point que la sorcière avait dû le calmer elle-même.

Plus tard, elle l’avait laissé dans le jardin : la créature se sentait à l’étroit dans la maison, et pendant la période de rut, Agnet préférait ne pas sortir pendant un certain temps.

Même là, son contrôle n’était pas absolu.

Elle n’avait pas privé Tourbillon de sa nature.

Elle avait appris à en tenir compte.

L’Esprit du gramophone

Agnet avait acquis une créature en même temps qu’un vieux phonographe.

Il aimait la musique, se balançait et s’attendait à ce que les gens aient peur.

Agnet s’approcha.

Lorsque la créature comprit qu’elle ne lui faisait pas peur, elle disparut.

La sorcière remarqua que l’esprit ne devenait dangereux que lorsque la musique s’arrêtait. C’est pourquoi elle laissa le phonographe dans la cave et ne l’éteignit pas sans raison.

Pour quelqu’un d’autre, cela aurait été une malédiction.

Pour Agnet, c’était une règle de plus à comprendre.

Une âme égarée

Un esprit errait depuis longtemps dans le jardin, sans comprendre ce qui lui était arrivé.

Il s’en prenait aux jeunes filles qui décidaient de jeter un œil derrière elles.

Agnet l’observa quelque temps, puis l’amena à table et l’aida à se souvenir de qui il était de son vivant.

Une fois qu’une partie de sa mémoire lui fut revenue, l’être devint moins dangereux — du moins pour Agnet elle-même.

Elle lui donna également une motivation supplémentaire pour rester fidèle.

La sorcière ne s’était pas contentée de réprimer son esprit.

Elle lui avait rendu suffisamment de personnalité pour qu’il soit possible de négocier avec lui.

Le meurtrier sans repos

L’une des connaissances d’Agnet lança contre elle l’âme d’un maniaque mort depuis longtemps.

De son vivant déjà, il était fou, et après son retour, il voulait abuser de la sorcière avant de la tuer.

Agnet aurait pu invoquer Jack ou le Tourbillon.

Au lieu de cela, elle décida de voir ce qui se passerait si elle accordait au mort ce qu’il désirait.

Après quoi, l’esprit retourna vers la femme qui l’avait invoqué et fit tout le sale boulot contre elle.

Agnet ne s’est pas contentée de repousser l’attaque.

Elle a transformé l’arme de l’ennemi en son propre messager.

Le nain de jardin éclaireur

Pour l’un de ses rituels, Agnet avait besoin d’un esprit espion.

Elle l’a placé dans une vieille statuette de jardin.

Le premier nain ne résista pas et éclata ; la sorcière a donc recommencé l'opération avec un autre réceptacle. Après l'avoir animé, elle a lié la créature par un sortilège de désir et l'a laissée dans le jardin.

Même cet échec ne l’a pas découragée.

Si le réceptacle s'avérait inadapté, Agnet n'abandonnait pas pour autant son projet.

Elle en prenait simplement un autre.

La dame du miroir

De son vivant, cette femme avait tourmenté des centaines de paysans. Après son exécution, son âme refusa de partir et resta prisonnière du miroir, s’y accrochant de toute la haine qu’elle avait accumulée.

Après sa mort, ses crimes se poursuivirent : les victimes étaient des jeunes filles qui jetaient par hasard un coup d’œil à leur reflet.

Agnet a tracé pour l’esprit un escalier vers le monde des vivants, a établi le contact avec elle et a accroché le miroir au mur, attendant l’heure propice.

Elle ne considérait pas la destruction comme la seule réponse valable.

Même une âme cruelle peut trouver une utilité si l’on comprend sa nature et que l’on établit des règles.

La véritable force d’Agnet

Agnet ignorait que l’Effrayeur était Jester.

Elle ignorait que l’invitée de la télévision venait du Monde en noir et blanc.

Elle ne comprenait pas la véritable nature de Shogot.

Elle ignorait le nom humain de l’Inquisiteur.

Elle ne savait pas pourquoi Jack l’avait suivie, elle plutôt qu’une autre.

Et pourtant, elle a réussi à :

forcer Jester à battre en retraite ;

contenir la manifestation du Monde en noir et blanc à l’intérieur du téléviseur ;

coexister avec l’entité spatiale ;

chasser Henri ;

accueillir Jack et le garder aux côtés de sa famille ;

réunir une multitude de créatures dangereuses au sein d’un système relativement stable.

C’est précisément ce qui distingue Agnet de la plupart des mages et des chercheurs.

Weber a besoin d’un mécanisme.

Henri a besoin de la peur et du pouvoir officiel.

Le Marchand de Cauchemars a besoin de pactes, d’artefacts et de supports appropriés.

Agnet va elle-même à la rencontre de la créature.

Elle ne sait pas toujours ce qui se trouve devant elle.

Mais elle sait presque toujours comment l’aborder.

Morale et limites

Agnet est capable d’aider les gens.

Elle a sauvé un enfant de ses cauchemars.

Elle a maîtrisé des créatures dangereuses.

Elle a laissé des avertissements à Chelsea.

Elle a tenté de libérer sa nièce du monde de Jester.

Elle a préservé le don de sorcellerie de sa famille.

Mais on ne peut pas la qualifier de bonne sorcière au sens habituel du terme.

Elle pouvait chasser, aux côtés de l’Insatiable, des gens terrifiés.

Elle a renvoyé le meurtrier mort vers sa propre amie.

Elle gardait des esprits dangereux par simple curiosité.

Elle considérait les risques physiques et psychologiques comme une partie acceptable de l’expérience.

Elle a renvoyé Chelsea chez elle sans lui révéler toute la vérité.

Agnet ne se conforme pas à la morale traditionnelle.

D'autres questions l'intéressent :

Y avait-il le choix ?

L'homme a-t-il compris la règle ?

A-t-il cédé à la peur ?

A-t-il accepté le prix à payer ?

A-t-il su rester lui-même face au désir ?

Sa cruauté diffère du sadisme d’Henri.

Henri veut humilier et briser sa victime.

Agnet veut voir ce que devient un homme lorsqu’il est confronté à une véritable peur ou à un véritable désir.

Mais pour celui qui n’a pas survécu à son épreuve, la différence peut s’avérer insignifiante.

Le manoir

Pas une maison maudite

Le domaine d’Agnet donne souvent l’impression d’être un lieu où démons et fantômes se seraient rassemblés par hasard.

En réalité, c’était un écosystème minutieusement organisé.

Chaque créature disposait de :

un territoire ;

un objet d'ancrage ;

une condition d’apparition ;

un moyen de se calmer ;

une règle d’expulsion ;

sa propre forme de désir.

Tant qu’Agnet était dans la maison, le système restait stable.

Après sa disparition, on s’est rendu compte à quel point tout reposait sur elle personnellement.

Les sortilèges ont commencé à s’affaiblir.

Les esprits commencèrent à changer de comportement.

L’Inquisiteur recommença à revenir.

Les objets commencèrent à ouvrir des passages sans autorisation.

Agnet avait créé un système capable de fonctionner tant que sa maîtresse était présente.

Mais elle n’eut pas le temps de la rendre totalement autonome.

L’heure du loup

L’heure du loup devenait particulièrement dangereuse.

À ce moment-là, les frontières entre les mondes s’amenuisaient, et les restrictions imposées par Agnet perdaient temporairement leur effet.

Les créatures apprivoisées pouvaient alors recommencer à chasser.

L’Inquisiteur sortait de sa demeure.

Même les esprits relativement inoffensifs cessaient de respecter les accords conclus auparavant.

Agnet avait prévenu Chelsea : si elle décidait de ne pas se montrer bienveillante envers les esprits, elle ferait mieux de ne pas se trouver près d’eux à l’heure du loup.

Elle désigna également l’Inquisiteur comme le seul être que l’héritière devait véritablement craindre.

La créatrice de portails

L’influence d’Agnet s’étendait bien au-delà des limites de la maison.

Elle avait appris à créer des passages stables entre les mondes et avait transformé le domaine en l’un des principaux nœuds d’un réseau surnaturel.

Son action fut l’un des facteurs qui réveillèrent le Monde sublunaire.

Avant l’apparition de ces nouveaux passages, de nombreux dieux morts et créatures figées y subsistaient presque immobiles, comme dans le brouillard.

Agnet a ouvert les premiers chemins.

Plus tard, Chelsea et Melissa ont commencé à alimenter ce système encore davantage.

C’est pourquoi le manoir ne peut être considéré comme une simple maison hantée.

C’est un dispositif créé par une sorcière sans mécanismes :

un laboratoire ;

une collection ;

un refuge ;

un piège ;

un portail ;

un point d’alimentation pour les autres mondes.

Agnet ouvrait les portes.

D'autres créatures ont peu à peu appris à s'en servir sans son autorisation.

Le testament

Un héritage différé

Avant de disparaître, Agnet rédigea un testament inhabituel.

Chelsea devait atteindre sa majorité, se rendre au domaine le 31 octobre, y passer la nuit complètement seule et ne pas emporter de téléphone, de tablette ou d’autres appareils personnels.

À six heures du matin, la condition était considérée comme remplie.

Après quoi, Chelsea recevait :

le domaine ;

l'accès à des comptes bancaires d'une valeur d'environ dix millions de dollars ;

des connaissances magiques ;

la possibilité de devenir la nouvelle maîtresse de la collection infernale ;

un don de sorcière.

Agnet savait qu'une simple demande ne suffirait pas à convaincre sa nièce de passer la nuit dans une maison abandonnée ; elle utilisa donc l’argent comme appât.

Elle reconnaît d’ailleurs ouvertement qu’elle n’aurait pas pu convaincre Chelsea de venir autrement.

L'héritage comme initiation

La véritable valeur du testament ne résidait pas dans les biens immobiliers.

Agnet avait dissimulé un sortilège au-delà du monde matériel et l’avait réparti entre les esprits.

Pour rassembler la formule, Chelsea devait rencontrer les habitants de la maison, comprendre leurs désirs et décider comment agir à leur égard.

La sorcière lui avait conseillé de ne pas avoir peur et de se montrer bienveillante. En échange, les esprits pourraient lui livrer des fragments du sortilège.

Ainsi, Chelsea devait devenir non seulement la propriétaire légale du domaine, mais aussi la nouvelle maîtresse de la collection.

Il s’agit là d’une forme moderne d’une ancienne initiation familiale.

La femme en blanc vint voir Agnet en personne.

Agnet transforma la maison entière en initiatrice.

Chaque pièce dispensait une leçon.

Chaque esprit mettait à l’épreuve un aspect particulier de son caractère.

Chaque choix révélait quel genre de sorcière Chelsea allait devenir.

Le droit de refuser

Malgré la manipulation autour de l’héritage, Agnet laisse à Chelsea le choix.

Elle peut choisir de ne pas franchir les grilles du domaine.

Elle peut renoncer à la collection.

Elle peut chasser les esprits.

Elle peut essayer de les apprivoiser.

Elle peut choisir la voie du plaisir.

Elle peut choisir de ne jamais devenir une sorcière semblable à Agnet.

C’est là une distinction importante entre Agnet et Duke Weber ou Henri.

Elle crée des conditions dangereuses et ne dévoile pas toutes les informations, mais reconnaît à l’héritière le droit de dire « non ».

Le seul problème, c’est que Chelsea ne connaît pas l’ampleur réelle des conséquences.

Le choix existe.

Mais elle ne saisit pas pleinement le prix à payer.

Pourquoi Chelsea ?

On n’explique pas clairement pourquoi Agnet a choisi Chelsea comme première héritière plutôt que Melissa.

Peut-être parce que Chelsea était l’aînée.

Peut-être que le don s’est manifesté plus fortement chez elle.

Peut-être qu’Agnet a vu en elle ses propres traits de caractère : la curiosité, la sensualité, la tendance à aller là où il ne faut pas aller, et la capacité à rester elle-même au contact du monstrueux.

Mais elle ne s’était pas trompée sur le potentiel de sa nièce.

Chelsea a réussi à :

survivre à la nuit passée au manoir ;

interagir avec les esprits ;

traverser la Maison des Poupées ;

s'échapper de l’enfer de Jester ;

retourner en 1585 ;

rencontrer Maria ;

aider à restaurer les connaissances de la lignée ;

boucler la boucle temporelle ;

apprendre à ouvrir et à fermer les passages.

Agnet ne s’est pas contentée de léguer son héritage à la personne qu’il fallait.

Elle a formé une femme capable de poursuivre son œuvre à un niveau bien supérieur.

Jack et Agnet

Agnet a su mettre à profit les capacités de Jack de manière concrète.

Il était un gardien, un guerrier et un être capable d’accomplir des tâches inaccessibles à un être humain ordinaire.

Cependant, elle ne le considérait pas comme un simple outil jetable.

Elle ne connaissait pas toute son histoire, mais voyait en lui une personnalité à part entière.

Plus tard, Agnet :

reconnaît l’ampleur de son parcours ;

le renforce ;

lui confie le sauvetage de Chelsea ;

essaie de trouver un moyen de se soustraire à la promesse faite à Charon ;

le désigne comme le meilleur gardien ;

est prête à poursuivre son chemin à ses côtés ;

accepte la présence de Lilith, bien qu’elle se montre méfiante à son égard.

Son attitude envers Jack n’est pas particulièrement tendre ni romantique.

Agnet exprime d’ailleurs rarement son attachement de manière directe.

Mais pour elle, confier à un être son propre destin et celui de sa lignée est l’une des plus hautes formes de respect.

Disparition

Aux yeux du monde humain, Agnet a disparu environ un an avant le début de la première histoire.

Chelsea la croyait morte.

Mais l’âme de la sorcière n’avait pas quitté ce monde pour de bon.

Agnet s’est retrouvée dans l’Intermonde — un espace parsemé de failles menant à d’autres réalités. Des créatures provenant de l’enfer, du Monde sublunaire, du monde des humains et d’une multitude d’autres reflets peuvent s’y engouffrer.

Dans l’Intermonde, Agnet existait sous la forme d’un fantôme.

Elle ne pouvait pas revenir par ses propres moyens.

Pour se libérer complètement, il fallait du sang de sa lignée et quatre clés-obélisques.

Un monde de rêves protégé

Agnet n’errait pas dans l’Intermonde sans protection.

Elle se trouvait dans une zone relativement sûre : son propre monde de rêves, entouré de reflets de l’enfer.

Cette zone était à la fois un refuge et une prison.

Tant qu’Agnet restait à l’intérieur, Baphomet ne pouvait pas simplement l’enlever.

Mais si elle en sortait, il aurait immédiatement la possibilité de s’emparer de la sorcière.

C’est pourquoi Agnet ne quittait pas ce lieu protégé.

Ce n'est pas par lâcheté.

Ce n'était pas par impuissance.

Elle évaluait correctement son adversaire.

Agnet comprenait qu’un seul faux pas donnerait à Baphomet exactement ce qu’il voulait.

C’est pourquoi elle agissait par l’intermédiaire de Jack : elle l’invoquait, lui expliquait la mission, le renforçait et le guidait, tout en restant en sécurité.

C’était la défense disciplinée d’une sorcière expérimentée.

Pourquoi Baphomet voulait-il Agnet ?

Baphomet manifestait un intérêt particulier à son égard.

La raison ne résidait pas seulement dans la beauté ou le pouvoir érotique d’Agnet, bien que sa sensualité, son énergie vitale et son emprise sur les désirs faisaient sans aucun doute de la sorcière une proie particulièrement attrayante.

Agnet possédait une capacité rare :

elle pouvait dompter des créatures qu’elle ne comprenait pas.

Une telle sorcière représentait pour Baphomet à la fois :

une captive convoitée ;

une source de puissance ;

la clé du monde humain ;

la maîtresse d’un réseau de portails ;

une guide potentielle ;

une menace pour son pouvoir ;

la preuve que l’homme est capable de soumettre les créatures infernales sans les adorer.

Baphomet n’avait pas simplement besoin d’une sorcière de plus.

Il lui fallait une femme capable d’entrer dans une pièce où se trouvait un monstre inconnu et d’en ressortir en maîtresse de la situation.

La tentation de Jack

N’ayant pas réussi à s’emparer d’Agnet directement, Baphomet tenta de pousser Jack à la trahir.

Il affirmait que les sorcières utilisaient le Démon des Bougies :

Agnet le gardait dans son jardin comme un épouvantail.

Chelsea le forçait à faire le travail des autres.

Personne n’avait l’intention de lui rendre son apparence humaine.

En échange des Arcanes, Baphomet promettait de ramener Jack dans le monde des humains et de le retransformer en homme.

L'offre était parfaitement adaptée.

Jack nourrissait en effet toujours le désir de retrouver son corps d’autrefois.

Mais Baphomet le trompait.

Il avait besoin des Arcanes pour briser la protection d’Agnet, ouvrir la voie vers son monde de rêves et s’emparer de la sorcière.

Le retour promis à l’état humain n’était qu’un appât.

Si Jack acceptait, le pacte ne lui apporterait pas le salut promis. Les documents indiquent clairement que Baphomet cherche à s’emparer des Arcanes ; en cas de refus, Jack devait le retrouver et le détruire pour obtenir la dernière carte.

Jack a refusé.

Il a choisi de sauver Chelsea et Agnet plutôt que son propre corps.

Les Neuf Arcanes

Pour ouvrir la voie vers l’univers infernal de Jester, Agnet avait besoin des neuf Arcanes.

Ils étaient dispersés dans diverses distorsions de l’Intermonde et liés à des créatures, des épreuves et des pactes.

Agnet ne pouvait pas les rassembler elle-même sans quitter le monde sûr des rêves.

C’est pourquoi elle fit appel à Jack.

Les Arcanes n’étaient pas des clés ordinaires.

Pour les obtenir, Jack devait :

se battre ;

libérer des âmes captives ;

refuser des pactes ;

conclure des accords ;

explorer les reflets des mondes ;

traverser Za’ha’dum ;

affronter Baphomet.

Cela s’inscrivait dans la continuité de la philosophie d’Agnet.

Le pouvoir ne doit pas être offert comme un objet prêt à l’emploi.

Pour l’obtenir, il faut comprendre le monde auquel ce pouvoir est lié.

Le sauvetage de Chelsea et la libération d’Agnet

Le plan d’Agnet n’était pas une transaction perfide.

Elle n’avait pas l’intention d’utiliser Chelsea comme une clé jetable pour assurer sa propre libération.

La situation était logique et mutuellement avantageuse.

Chelsea était prisonnière de l’univers infernal de Jester.

Agnet était enfermée dans une zone sécurisée de l’Intermonde.

Jack pouvait rassembler les Arcanes et ouvrir la voie vers sa nièce.

Une fois sauvée, Chelsea, qui partageait le même sang qu’elle, pourrait aider Agnet elle-même à sortir de sa captivité.

Au final, tout le monde y gagnait :

Chelsea était libérée de Jester ;

Agnet revenait de l’Intermonde ;

Jack s’acquittait d’une ancienne obligation envers sa lignée ;

Baphomet perdait sa captive tant convoitée ;

la famille renouait ses liens ;

le chemin de Jester perdait de sa stabilité.

Agnet avait fait appel à Jack avant tout parce qu’elle voulait sauver Chelsea.

Sa propre libération était la suite logique.

Elle sauvait sa nièce.

Sa nièce pouvait la sauver.

Ce n’est pas de la manipulation.

C’est une famille, séparée par plusieurs mondes, qui a enfin eu l’occasion de s’entraider.

Les documents distinguent clairement deux issues possibles : Jack peut rassembler les Arcanes et ouvrir la voie vers Chelsea, et, s’il trouve les clés-obélisques, libérer également Agnet.

Une prisonnière, mais pas une victime

Même enfermée dans l’Intermonde, Agnet continuait à jouer son rôle d'organisatrice.

Elle :

maintenait une zone protégée ;

surveillait les déplacements de Jack ;

comprenait le fonctionnement des distorsions locales ;

connaissait le rôle de Za’ha’dum ;

renforçait son gardien ;

repérait les âmes captives ;

rassemblait des connaissances ;

préparait la voie vers Chelsea ;

cherchait un moyen de revenir ;

résistait à Baphomet.

Agnet pouvait être prisonnière de l’espace.

Mais elle n’a jamais endossé le rôle d’une femme impuissante, attendant qu’on décide à sa place.

Même depuis sa prison, elle continuait à élaborer un plan.

Les erreurs d’Agnet

Agnet est extrêmement forte, mais elle n’est pas infaillible.

Elle a surestimé la solidité du manoir

Tant que la sorcière était dans la maison, sa collection restait en ordre.

Après sa disparition, il est apparu clairement que trop de choses dépendaient de son pouvoir personnel.

Elle n’a pas eu le temps de mettre en place un système entièrement autonome.

Elle a sous-estimé Henri

Agnet a réussi à chasser l’Inquisiteur, mais elle n’a pas élucidé sa véritable histoire et ne l’a pas anéanti définitivement.

Elle a laissé un avertissement à Chelsea, mais cet esprit extrêmement dangereux continuait d’exister.

Elle a confié son testament à Duke Weber

Duke a eu accès aux documents, à l’héritage et au domaine.

Plus tard, il a tenté de s’approprier la collection et de transformer la demeure en sa propre forteresse.

Agnet avait réussi à comprendre les démons, mais le système juridique humain s’était révélé être un point faible.

Elle considérait le désir comme une clé quasi universelle

Sa méthode fonctionnait avec de nombreuses créatures.

Mais on ne peut pas rendre chaque entité inoffensive en satisfaisant sa nature.

Et tout le monde n’est pas capable de vivre une telle interaction sans conséquences graves.

La curiosité l’emporte souvent sur la prudence

Agnet garde cette créature dangereuse parce qu’elle l’intéresse.

Elle ne détruit pas la télévision.

Elle laisse le miroir.

Elle prend la boîte.

Elle entre dans le cercle.

Elle explore le portail.

C'est ce trait de caractère qui a fait d'elle une grande sorcière.

C’est probablement cette même curiosité qui, un jour, conduisit Agnet dans l’Intermonde.

Agnet et Chelsea

Agnet et Chelsea se ressemblent plus qu'il n'y paraît.

Toutes deux :

n'aiment pas se plier aux règles imposées par les autres ;

vont là où on leur dit de ne pas aller ;

considèrent la peur comme un obstacle ;

utilisent leurs désirs pour communiquer avec les entités ;

sont capables de négocier avec les monstres ;

attirent l'attention d'autres mondes ;

ne considèrent pas le plaisir charnel comme quelque chose de honteux ;

peuvent transformer leur propre sensualité en source de puissance.

Mais il existe une différence importante entre elles.

Agnet a déjà élaboré une philosophie et n’en doute pratiquement pas.

Chelsea continue de faire des choix.

Elle peut apprivoiser l’esprit, le chasser, l’aider, le tromper, le soumettre ou s’en aller.

Agnet voulait lui transmettre sa propre voie.

Mais Chelsea est capable non seulement de poursuivre dans cette voie, mais aussi de corriger les erreurs de sa tante.

Agnet et Maria

Maria est une lointaine ancêtre d’Agnet, mais leur lien dépasse largement les limites d’une simple parenté.

Toutes deux ont vécu la rupture de la transmission du don.

Maria n’a reçu qu’une partie du savoir.

Agnet ignorait totalement l'existence de cette tradition familiale.

C’est Chelsea qui les a aidées toutes les deux — mais dans des directions temporelles opposées.

Agnet a transmis le don à Chelsea.

Chelsea est retournée dans le passé et a aidé Maria.

Maria a gardé Jack auprès de sa famille.

Des siècles plus tard, Jack a retrouvé Agnet.

Chacune de ces trois femmes a sauvé une partie de l’héritage qui n’existait pas encore à son époque.

Agnet et Melissa

Melissa n’était pas la première héritière, mais elle s’est tout de même retrouvée entraînée dans les conséquences du travail d’Agnet.

Après la disparition de Chelsea, elle a poursuivi les recherches, est entrée dans le Théâtre-musée de Jester et a rejoint le domaine.

Plus tard, les sœurs ont restauré la maison, comme le souhaitait leur tante, et se sont mises à la recherche d’Agnet elle-même.

Si Chelsea a hérité de la faculté sensuelle d’interagir directement avec les esprits, Melissa cherche plutôt à comprendre les règles, à explorer les lieux et à trouver une issue sûre.

Agnet a choisi une seule héritière principale.

Mais son travail a fini par éveiller les deux sœurs.

Capacités

Un don héréditaire

Agnet perçoit la présence des esprits, des objets magiques et des frontières entre les mondes.

Invocation d'entités

Elle est capable d'invoquer des créatures issues de l'enfer, du hors-temps et d'autres espaces.

Apprivoisement par le désir

Agnet établit un lien avec une entité en satisfaisant, en redirigeant ou en acceptant son besoin fondamental.

Magie érotique

Elle utilise la proximité physique, l'excitation et le plaisir comme moyen d'entrer en contact, d'échanger du pouvoir et d'exercer un contrôle.

Soumission par le vrai nom

La sorcière comprend la signification des noms secrets et est capable de les utiliser comme fondement de son pouvoir.

Création d'ancrages

Le Cœur du Tourbillon, un miroir, un coffret, un téléviseur, un gramophone et d’autres objets deviennent des réceptacles ou des conteneurs pour les entités.

Ouverture de portails

Agnet crée des passages stables et transforme le domaine en un nœud intermondial.

La magie des rêves

Elle interagit avec les entités à travers le sommeil et est capable de créer un espace protégé au sein de sa propre conscience dans l’Intermonde.

Dissimulation hors du monde matériel

Agnet a dissimulé des fragments du sort de manière à ce qu’une personne ordinaire ne puisse ni les trouver ni les voler.

Sorts de contrôle

Elle limite l'activité des esprits, les lie à des objets, des lieux et à certaines conditions.

Travail avec les âmes

Agnet voit les âmes captives, comprend comment les libérer et utilise le sang de sa lignée comme ancrage pour revenir de l’Intermonde.

Préservation de la jeunesse

Son lien avec les esprits et les autres dimensions lui permet de ralentir considérablement le processus normal de vieillissement.

Limites

Son pouvoir est personnel

De nombreux esprits obéissent non pas à un sceau abstrait, mais à Agnet elle-même.

Après la disparition de sa maîtresse, le système s'affaiblit.

Les sortilèges perdent leur pouvoir à l’heure du loup

Au moment où les frontières s’amenuisent, les esprits sont capables de se libérer de leurs contraintes.

Toutes les entités ne peuvent pas être apprivoisées

Henri s’est avéré trop dangereux pour être entièrement maîtrisé.

Baphomet échappait également à ses méthodes habituelles.

Elle est liée aux lois du sang

Même une sorcière puissante ne peut quitter l’Intermonde par ses propres moyens. Pour revenir dans le monde humain, elle a besoin d’un lien de sang.

Sa curiosité la rend vulnérable

Agnet choisit souvent d’épargner une menace plutôt que de la détruire.

Le désir ne signifie pas toujours le consentement

Sa méthode repose sur la révélation des désirs cachés, mais une personne peut éprouver du plaisir sans pour autant vouloir faire partie du système d’autrui.

C’est une limite que Chelsea comprend mieux.

Liens et signification

Agnet incarne le pouvoir exercé sur le monstrueux par l’acceptation de sa nature.

Henri déclare que le désir est un péché et détruit ceux qui l’éprouvent.

Les Weber transforment le surnaturel en mécanisme.

Jester fait des désirs d’autrui un spectacle.

Gretta en fait sa propriété.

Agnet crée une collection.

Mais sa collection n’est pas composée de pièces mortes.

Les esprits continuent de vivre, de désirer, de chasser, de se disputer et parfois de devenir incontrôlables.

Elle ne détruit pas leur nature.

Elle l’intègre à un système.

Le domaine est le reflet d’Agnet elle-même :

beau ;

sensuel ;

dangereux ;

plein de pièces fermées ;

capable d’accueillir un monstre ;

convaincu que chaque horreur a sa place.